jeudi 6 mai 2010

Chronique : Origine - Diana Abu Jaber (Sonatine)


Lecture terminée il y a une dizaine de jour déjà et je reste désarçonné. Difficile de dire pourquoi on n'a pas aimé un livre quand dans sa forme, il est quasiment irréprochable (l'usage de la première personne montre finalement toute la difficulté de créer un univers du seul point de vue du héros) . Diana Abu Jaber a une jolie plume, c'est indéniable. C'est dans le fond qu'elle pêche. À trop vouloir lier l'enquête aux origines du personnage, la romancière s'oblige à créer des ponts entre les deux éléments, ponts qui ressembleront à de biens étranges coïncidences. Que dire aussi des personnages qui passent étrangement sous le radar de l'enquêtrice et ceux pour qui on se demande encore ce qu'ils viennent faire là dedans ...

Impressions au bout de 100 pages :

La romancière peine à installer son héroïne parmi les autres personnages. Beaucoup trop d'introspections qui sur-joue le côté "héroïne fragile pas dans son élément". Il faut plus de cent pages pour commencer à ressentir un semblant d'empathie pour Lena et ça fait long. Cent première pages qui maintiennent une distance entre nous et ce personnage, distance qu'elle semble aussi partager avec le reste du casting. Ça donne une ambiance un peu surréaliste, qui place Lena comme une éternel ado qui hante sa vie ... Ce côté hanté et distante est clairement voulu par la romancière mais la construction de ces cent premières pages laisse un peu perplexe. Je ne déteste pas ce début, je m'interroge sur la forme et sur le fond. À noter la présence de quelques coquilles un peu malheureuses qui disparaitront vite lors d'une prochaine réédition.

Au bout de 200 pages :

On se sent un peu perdu, comme l'héroïne. Le décalage qui existe entre elle et son univers est le même qui existe entre ce dernier et le lecteur. Elle ressent des choses qu'elle est la seule à pouvoir expliquer mais le soucis, c'est qu'elle n'y parvient pas. Du moins, dans les 270 premières pages du livre. L'héroïne est à elle seule une énigme qui est censée s'intégrer dans une intrigue policière. C'est peut être un des premiers éléments déstabilisant d'Origine. Contrairement aux autres romans qui ont pour cadre une enquête policière, ici, ce n'est pas la vie du personnage qui est perturbée par la présence de la mort, c'est l'inverse. C'est l'enquête qui est perturbée par l'influence de ce personnage. Comme si elle laissait derrière elle ce fameux brouillard, comme la traine d'une robe de marié. Et ce nuage vient perturber l'univers qui l'entoure. Les personnages secondaires deviennent dure à cerner. Que dire des parents adoptifs de Lena, de son ex mari, du flic, de ses collègues, tant ils semblent tous difficile à « voir ».

Après avoir tourné la dernière page :

La première personne utilisée pour nous raconter cette histoire est perturbante puisqu'elle nous propose uniquement le point de vue de la narratrice. Le JE met hors course le narrateur omniscient, du coup, on ne sait que ce que l'héroïne sait. Donc, ce que l'on sait d'une personne en quête de sa propre identité, peut être à tout moment remis en cause. Et comme elle, nous sommes des témoins sur le bord du gouffre, puisque tout devient sujet à caution.

On est vite partagé sur tout ce qui touche au roman. Cette héroïne, difficile de l'aimer mais on ne la déteste pas. Son enfance pique un peu notre curiosité et puis la page d'après, on se dit que finalement on s'en fout un peu. Impression confirmée quand on a l'explication de ces fameuses origines.

Au final, la romancière montre qu'elle est habile et qu'elle a une réelle volonté de créer un univers atypique. Mais son utilisation de la narration à la première personne prouve la difficulté d'utiliser un JE pour témoigner de l'histoire. Quand Stephen King le pratique avec Cellulaire, il se l'accapare à merveille. En ce qui concerne Diana Abu Jaber, il trouble plutôt notre perception de l'univers qu'elle s'efforce de créer. Si, comme le dit l'éditeur, Origine est un thriller intelligent, j'ai alors la bêtise de ne pas l'avoir aimé !


Pour lire la présentation du livre, cliquez ICI.


2 commentaires:

Pimprenelle a dit…

Mon avis sur ce thriller est mitigé mais pas pour les mêmes raisons : tu parles très peu de l'enquête dans ton billet, et cela montre bien que celle-ci est reléguée au second plan... J'aurais aimé en savoir plus sur la résolution de l'enquête, les interrogatoires... ect. Et cela est dû également au choix de la narration à la première personne.

Fredo a dit…

En y repensant, j'ai du mal à voir ce thriller comme une enquête policière, tant elle touche trop l'héroïne. Du coup, ce n'est pas une enquête mais une sorte de quête. Et au final, le début de piste à la Greystoke est assez ridicule, surtout quand on découvre de quel manière il est justifié. Quand on sait que la miss a fondé les bases de sa personnalité d'adulte sur ces souvenirs, ça donne une drôle de saveur à la fin.
Le ranger dans la simple case "thriller" est de toute façon une erreur.
Après, je comprends que la romancière a voulu proposer une histoire policière avec un autre point de vue et un autre ton. Mais on se perd tellement dans les abimes de l'héroïne que ce point de vue en devient finalement peu intéressant.