mardi 8 mars 2011

Chronique : L'Anneau de Moebius de Franck Thilliez (Le Passage)

L'auteur avait déjà fait ses gammes avec la Mémoire Fantôme. Il nous confirme là, une fois de plus, sa maitrise des probabilités et des équations à plusieurs inconnues. Parce qu’à la base, qu’est ce que l’agencement d’un roman à suspense si ce n'est qu’un ensemble d’équation visant à obtenir le bon résultat ? On additionne des faits, on soustrait des victimes, on divise l’attention du lecteur, on multiplie les fausses pistes et à la fin, on a la solution. Cela, nous allons dire que c’est la formule de base du romancier qui écrit une intrigue.

Là où cela devient génial avec un roman de Franck Thilliez, c’est quand le lecteur a véritablement une place prépondérante dans son équation, une place plus active que dans un thriller dit « classique ». Il lui présente des théories, des théorèmes, il lui explique comment cela fonctionne et demande à son lecteur de réfléchir. La matière première du roman, c’est notre cervelle, mais pas seulement notre imagination. Il va mettre à contribution notre logique et notre faculté à anticiper, à calculer. Comme un mécanisme d’horlogerie où chaque pièce, chaque engrenage trouve sa fonction et son utilité.

Maintenant, vous allez imaginer que ces engrenages sont des pages, et qu’on ne peut pas se contenter de faire simplement en sorte qu’elles s’imbriquent. Mais aussi faut il que leur assemblage est un sens … 540 pages, 540 engrenages. Presque autant d’éléments dont il faudra surveiller de près la chronologie et les mécanismes, comme le lait sur le feu.

La comparaison avec le métier d’horloger va nous permettre de cerner un peu toute la difficulté et toute l’intelligence qu’il faut pour élaborer une telle histoire. Parce que si l’on part du principe que l’Anneau de Moebius est autant de page que d’engrenage qui s’emboitent parfaitement les uns aux autres, imaginons sa conception, son assemblage. Il a fallut tester, régler, paramétrer chaque élément, chaque moment, pour arriver à ce que le mécanisme entre parfaitement en fonction. Et puis il a fallut tout démonter, pour raconter l’histoire du montage !

La scène à la Poste, devant la boite postale, est dans ce sens édifiante. C’est un des moments clefs du roman où on referme momentanément le livre en tentant de saisir les enjeux de cette révélation. On se retrouve le regard perdu dans le vide, au dessus du livre, à raisonner comme des forcenés, à tenter de cerner la portée de ce que l’on vient de lire.

Une bonne enquête donc, emballer encore une fois dans un superbe écrin qui devrait ravir ceux qui ont misé sur ce roman, afin de se faire embarquer dans les méandres du paradoxe temporel.




Frédéric Fontès

1 commentaire:

J a dit…

Excellente analyse de ce livre! Je suis 100 % d'accord avec tout ce que tu as dit. Tes critiques sont toujours très interessante, j'aime beacoup ta façon d'écrire.
La scène à la poste m'a fait le même effet sur le moment. Puis à la fin du livre quand j'y ai repenser je me suis demander comment une lettre poster dans le futur pourrait se retrouver dans le passé?... Je ne sais pas trop quoi en penser.