mardi 24 janvier 2017

Chronique : Marquée à vie - Emelie Schepp (Harper Collins Noir)

Présentation de l'éditeur
Je suis très partagé après avoir tourné la dernière page du premier roman d'Emelie Schepp. Je commence par les points positifs : en lisant les crédits en début de livre, je tombe sur le nom de Rémi Pépin. C'est à lui que l'on doit la "réalisation graphique" de la couverture (et de celles de la collection Harper Collins Noir). C'est un nom connu des lecteurs des éditions Sonatine puisqu'il y officie également. Un bon point.

J'aime bien le design du livre, avec ses codes graphiques qui donnent l'unité de la collection, avec ce bandeau rouge en haut sur la 4decouv et le dos, noms des auteurs en noir, titre en rouge. Simple et efficace. Comme on dit, le livre à "une belle main".

Pour le contenu, il s'agit d'une traduction française de Louis Poirier issue d'une version anglaise, elle même tirée de la version suédoise d'origine.

Marquée à vie met en scène le personnage de Jana Berzelius. Le démarrage est un grand classique du genre : une héroïne découvre que sa nouvelle enquête réveille les démons de son passé. Pour réussir son coup avec un pitch autant rabâché dans les romans policiers et thrillers, il faut deux choses : une caractérisation du héros impeccable et une intrigue qui ne va jamais lâcher les lecteurs.
Et de ce côté là, Emelie Schepp semble réussir son pari : Jana est un personnage atypique avec un gros potentiel. Et l'intrigue est bien mené.

Le soucis vient du texte en lui-même. Autant Emelie Schepp mène bien son intrigue, autant dans la narration, il y des choses qui ne vont pas.
Et quand je procède à quelques recherches sur la traduction originale de Marked For Life pour écrire écrivant cette chronique, et que je tombe sur une chronique australienne qui évoque un roman auto-édité à la base, avant d'avoir été publié par Harlequin. Et j'ai tendance à dire que ceci explique cela. Quand en plus certains lecteurs sur Amazon US évoque une traduction du suédois à l'anglais catastrophique et bourré de coquilles, on se dire que Louis Poirier a du avoir du boulot.

En premier lieu, le narrateur omniscient passe régulièrement d'un personnage à un autre. Pas de soucis majeur quand c'est bien fait (bien séparé du reste du récit, par un changement de chapitre, un changement de page ou une séparation quelconque. Mais quand cela arrive d'une ligne à une autre du texte, c'est problématique. Surtout quand le point de vue de ces autres personnages n'est vraiment pas pertinent, voir complètement inintéressant. Je pense aux autres flics, que l'on découvre dans leurs vies respectives en dehors du taff : Mia Bollander qui dépense l'argent qu'elle n'a pas, Henrik qui a des problèmes de couple, etc. Des parenthèses qui n'apportent rien à l'histoire et qui ne contribuent pas à créer une épaisseur dans la caractérisation de ces seconds rôles. Des apartés qui ne nourrissent pas l'histoire d'autant plus que l’héroïne, de part son caractère particulier, n’interagit pas beaucoup avec eux.

Toujours du côté narratif, quand Emelie Schepp ne se répète pas dans le même paragraphe (j'ai vu passer trois ou quatre répétitions), ou qu'elle utilise de grosses ficelles, elle perd son temps à décrire des choses futiles : Jana Berzelius coupe un fruit, boit un verre d'eau, etc.
Narrativement, on retrouve dans le texte de la romancière certaines erreurs à ne pas commettre dans un manuscrit, des choses qui persistent parfois dans un premier jet de manuscrit ou un roman auto-édité qui n'est pas passé par un contrôle éditorial digne de ce nom. On reste pour l'heure assez loin du nouveau phénomène suédois promis par la quatrième de couverture...

Autant d'éléments qui peuvent parfois gêner la lecture. Mais c'est l’ambiguïté de ce premier roman qui est bourré de bonnes idées. Parce qu'au final, Emelie Schepp pourrait bien avoir accouché d'un ersatz féminin de Jason Bourne. Je pense que c'est un roman qui mérite d'être lu, aux vues des bases qu'il construit. À voir donc à la publication de la seconde partie de cette trilogie si l'auteure corrige ses erreurs, passe au niveau supérieur et nous propose un roman à la qualité indiscutable.

Frédéric Fontès, www.4decouv.com

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