dimanche 11 juillet 2010

Chronique : La Guerre des vanités de Marin Ledun (Gallimard)

Oppressant et pessimiste. Le nouveau roman de Marin Ledun a l'urgence de l'appel de la première cigarette entre les lèvres du fumeur. La première bouffée vous enivre, vous fait tourner la tête et au final, vous laisse ce drôle de goût en bouche. Dans la parfaite lignée des autres romans de l'auteur, Modus Operandi et Marketing Viral, pour ne citer que ces deux là.


Les vies tranchées dans le vif se regardent en chiens de faïence.

On se retrouve à la fois soulagé et triste de terminer la Guerre des Vanités. Soulagé d'échapper à cette cocotte minute qu'est finalement le roman et la ville de Tournon. Triste pour ces personnages, pour ces deuils et pour cette plume de l'auteur qui nous manque déjà.

La Guerre des vanités a beaucoup de point commun avec Modus Operandi. Darrieux et Korvine semblent être deux entités semblables. La consommation excessive d'alcool pour l'un et de tabac pour l'autre, sont une nourriture essentielle aux deux personnages qui se consument. Et ce qu'il en reste dans les cendres qui noircissent les pages de leurs aventures, c'est leur humanité. Ils n'ont plus rien à perdre, et sont simplement armés de leur simple volonté de trouver la réponse, coûte que coûte.

Voici ce que je disais au sujet de Darrieux dans Modus Operandi et qui colle aussi bien à Korvine :


Citation:
En opposition avec ce dernier qui se tue à petit feu, qui se détruit de l’intérieur. Il attise un feu permanent qui brûle en lui depuis de longues années. Il vit en permanence avec cette sensation de brûlure qui lui mord les viscères et lui grignote le cerveau. Il est une sorte de mort-vivant qui a oublié pourquoi il s’agrippe toujours autant à la vie. C’est le survivant de son monde dévasté. Il ne veut plus « revivre » mais il s’empêche de mourir. Il s’invente un « devenir » mais à cesser d’être.


Aurions-nous là les débuts d'une série consacrée aux addictions ? Après l'alcool, le tabac, l'auteur confrontera-t-il à son prochain personnage un autre désir compulsif du genre ? L'amour ? On remarquera qu'une nouvelle fois, une femme laisse une empreinte importante dans le roman, tant dans l'histoire que dans la psychologie du personnage principal.

Un autre point commun dans le style cette fois, c'est avec Marketing Viral. Marin Ledun donne corps à son personnage et s'efface pour raconter simplement son histoire. Méticuleusement, patiemment et sans dénouement extraordinaire, il amène Korvine vers la révélation finale, en enchaînant avec régularité des chapitres linéaires mais terriblement oppressants. Une semaine d'enquête où l'on suit pas à pas les progrès de l'enquêteur. Seul éclat qu'il s'octroie, le claquement des mains de Korvine sur une table pour faire parler quelques témoins et en parallèle de cela, les mots qu'il pense, qu'il répète et qui claquent dans son esprit de la même manière. Comme un mantra pour sortir de la torpeur, pour sortir de ce cauchemar et rester éveillé.

La Guerre des Vanités
, c'est donc l'histoire d'insomnies et de jeûnes. C'est un drôle de parallèle à faire finalement : le personnage principal ne peut s'empêcher de prendre sa dose de nicotine mais on le surprend rarement en train de dormir ou de se nourrir. L'obsession de fumer est aussi forte que celle de connaître la vérité, et tant pis pour les conséquences.

C'est aussi l'histoire d'un cancer qui gangrène une ville et un être. L'injection d'un corps étranger, d'un électron libre dans un organisme sur le point d'imploser. Une sorte de virus qui sera le remède, un mal pour un bien.

Un roman tout aussi surprenant que l'ont été les précédents, avec un ton anodin qui aspire le lecteur vers la 412e page. Et comme le fumeur qui vient de terminer la dernière clope de son paquet, on est déjà en quête du prochain roman de l'auteur et de notre nouvelle dose.


Frédéric Fontès

2 commentaires:

Xavier a dit…

Salut,
Superbe chronique
On a aussi l'addiction à la société de consommation qui est présent dans Marketing Viral.

Fredo a dit…

Merci Xavier !