lundi 7 juin 2010

Les Cicatrices de Jac Barron : la chronique

Pulsion : action influencée par l'inconscient.

Psychique : qui concerne la pensée, l'esprit.

Cicatrice : Trace d'une blessure morale, d'un souvenir traumatisant.

Ce que l'on ne peut pas reprocher à l'homme, c'est d'être lucide. Pour lui, il est devenu évident qu'il est plus facile d'abandonner un enfant que de l'aimer. De croire en un Dieu libérateur que de faire le travail soi-même. D'assumer sa sexualité plus conforme à celle qui est considérée comme la norme plutôt que celle que l'on a vraiment au fond de soi. Il est toujours plus facile de voler ce que l'on ne peut s'acheter et de tuer celui ou celle qui n'est pas d'accord avec vous, pour alimenter son ego. L'homme fuit ses responsabilités et la génération à venir en rajoute une couche : elle jouit du fait qu'elle ne se sent plus responsable de rien. [...] Non, l'homme ne veut pas guérir. L'homme veut jouir.

Marc Dru, page 206.


Comme Maxime Chattam en son temps, Jac Barron vient à la rencontre de ses lecteurs avec le premier opus d'une trilogie.

Difficile durant les premières pages de mettre le doigt sur ce qui caractérise l'écriture de Jac Barron. Pourtant, c'est là, devant notre nez. L'histoire se déroule bien de nos jours, à Paris, mais l'auteur donne vie à ses personnages en créant l'impression fantomatique qu'ils errent entourés d'une sorte de halo, comme des comédiens éclairés sur scène par la «poursuite» et laissant le décor un peu en retrait. Ce dernier s'estompe pour nous plonger dans un univers pessimiste, où la moindre raie de lumière sera vite dévorée par les ténèbres. Par conséquent, en l'absence de détails sur l'environnement dans lequel évoluent les personnages, on a le sentiment de lire un roman d'anticipation. Et c'est en partie sur cette base qu'il a bâti son thriller psychique. Qu'on se le dise.

En matière de thriller psychologique et de trilogie, Jérôme Camut et Nathalie Hug ont, avec la Voie des Ombres (Prédation, Stigmate, Instinct) lancé des pistes, suggéré une manière de lier la psychologie de leurs personnages à celles de leurs lecteurs. En déterminant trois étapes, trois tempéraments qui font référence aux trois tomes, ils gagnent à l'occasion une identité : la colère, la résignation, la compréhension. Avec en toile de fond, ce sentiment quelque peu poisseux et collant qui interpelle subtilement l'esprit en cours de route et que l'on se prend de plein fouet à la fin : ce sacré syndrome de Stockholm.

Il est encore trop tôt pour pouvoir situer les Cicatrices dans la trilogie de Jac Barron (qui sera suivi par Plasma et Impulsions) mais force est de reconnaître que cette incursion dans le thriller psychique, cette fois, va avoir le même genre de répercussion sur le lecteur. Ici, c'est avec l'inconscient de ses personnages et ses mystérieuses influences qu'il joue.

Comment reconnaît-on un bon auteur de thriller ? Outre le fait qu'il produit une bonne histoire, il anticipe et couve les réactions de ses lecteurs. C'est un des éléments fascinants de ce premier opus, en effet le romancier nous colle au train. Cette oppression ressentie pendant la lecture sera confirmée dans le texte. Jac Barron surveille l'évolution de ses personnages et implique son lecteur.

Les premiers chapitres, qui alternent à la première personne chaque point de vue du casting, sont quelque peu déstabilisants. Juste le temps de s'habituer aux différents narrateurs, à ces autres voix qui vont venir chuchoter leur pensées aux oreilles du lecteur. Une manière pour lui de changer de peau et d'alterner les mues. L'auteur surveille son lecteur comme le lait sur le feu, n'hésitant pas à l'occasion à crever à coups de canif cette peau qui apparaît au fur et à mesure de la cuisson.

Les Cicatrices est une sorte de chrysalide qui va enfermer lecteur et personnages dans un cocon, dont la finalité ne sera révélée que dans les ultimes pages. Il faudra évoluer dans leur sillage en fonction de l'histoire, en s'attachant d'abord à Franck Marshall, à Emily puis à Marc Dru pour finalement regarder Serge Miller d'un œil nouveau.

Jac Barron nous plonge étape par étape dans les méandres de la psyché de ses personnages, pour nous laisser, après la dernière page, avec le sentiment d'être hanté par ces graines de folie qu'il a pris un malin plaisir à semer pendant 485 pages. La suite de la trilogie, il faudra la lire dans Plasma, à paraître en septembre prochain.

Un roman percutant, oppressant, dans un style qui va donner ses lettres de noblesse au thriller psychique et assurément, marquer les esprits.

Le livre contient des scènes difficiles, attention aux âmes sensibles. Il sera disponible à la vente le 16 Juin 2010.

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Frédéric Fontès

1 commentaire:

Martine Drouart a dit…

Je serai au rendez-vous du 16 juin ! Cette analyse me donne envie de le lire. Amatrice de thrillers, je trouve que trop d'auteurs s'essoufflent et ne parviennent plus ni à nous faire frissonner ni même à nous entraîner dans leur monde, pour ne pas dire dans leur folie^^ Merci pour ce commentaire.